La gestion des couleurs

À la base, l’oeil humain

Notre mode de perception des couleurs est avant tout basé sur les performances de notre oeil. L’oeil humain a un panel définit de couleurs perceptibles, matérialisées par un espace définit par le CIE (Commission Internationale de l’Éclairage, qui mena une étude statistique des couleurs discernables par l’homme) : l’espace CIE XYZ. On utilise plus communément l’espace Lab, qui est parfaitement équivalent au CIE XYZ mais qui offre une représentation différente de son gamut (le gamut définissant l’étendue des couleurs d’un espace colorimétrique) : L représente la luminosité avec des valeurs de 0 à 100, a les couleurs du rouge au vert avec des valeurs de -128 à +128, et b les couleurs du bleu au jaune avec des valeurs identiques à a. L’utilisation de préférence de l’espace Lab s’explique par le fait qu’il est plus proche de la vision humaine, il sert d’ailleurs de base absolue à tous les process de gestion de la couleur en informatique.

Deux modes pratiques de représentation des couleurs

En utilisation « courante », ont été définis deux méthodes de représentation des espaces colorimétriques, basées sur 3 ou 4 composantes de valeurs, de manière à en simplifier la représentation théorique :

  • le RVB (Trois composantes : Rouge, Vert, Bleu)
  • le CMJN (Quatre composantes : Cyan, Magenta, Jaune, Noir)

Le CMJN est essentiellement utilisé en imprimerie, tandis que le RVBcelui qui nous intéresse – est réservé aux écrans et périphériques d’acquisition numériques (scanners, appareils photos…). Comme Lab, ils ont la particularité d’être neutres (en d’autres termes : sur un espace RVB par exemple, 3 valeurs de composantes identiques donneront un gris neutre, quoi qu’il arrive !). Leur gamut est « contenu » dans celui de l’espace Lab (qui je le rappelle est l’espace « absolu » perceptible par l’homme).

Ont été décliné des variantes normalisées issues de RVB, plus ou moins riches dont les deux plus connues sont :

  • le sRVB (donné comme étant une « moyenne » des couleurs représentables sur un écran informatique)
  • le Adobe RVB 98 (plus vaste que sRVB, et certainement le plus utilisé en matière de photographie numérique car établi comme norme dans le monde de l’édition ; il existe d’autres espaces encore plus larges comme le Pro Photo RVB ou le Don RVB…)

Et les périphériques dans tout ça ?

Tout périphérique, quel qu’il soit (écran, imprimante, scanner, appareil photo…), est capable de représenter un gamut donné, qui lui est propre. Souvent, cet espace de couleurs est restreint, plus qu’Adobe RVB (parfois sRVB) et/ou « décalé » par rapport à cet espace normalisé (certaines couleurs Lab sont contenues dans l’un, pas dans l’autre, et vice-versa).

Par ailleurs, la représentation d’une même couleur Lab théorique (la référence absolue), est susceptible de « dévier » (par exemple un gris neutre en RVB codifié (50,50,50) qui correspondrait en réalité – en correspondance de couleur absolue Lab, codifiée dans Adobe RVB – à (60,50,50) donc avec une dominante rouge !)

Ces deux états de fait expliquent la nécessité de définir un profil ICC, qui permettra d’une part de caractériser l’étendue des couleurs d’un périphérique donné, mais aussi, grâce à cette caractérisation (par rapport à Lab), de donner le moyen de corriger la représentation « réelle » des couleurs par rapport à leur valeur dans les espaces colorimétriques normalisés servant de base de travail et de passerelle entre les périphériques. Le but final de la gestion des couleurs étant, d’un périphérique à un autre, de permettre la même perception des couleurs !

Pour résumer : un profil ICC caractérise l’espace colorimétrique « représentable » par un périphérique donné (son gamut), mais aussi quelles couleurs Lab correspondent à ces codifications RVB !

À retenir : il existe deux types de profils ICC :

  • Ceux caractérisant les possibilités colorimétriques d’un périphérique et donnant les « outils » pour en indiquer les correspondances par rapport à Lab : on parle de profils ICC dépendants d’un périphérique (car chaque profil s’applique à SON périphérique et a été construit pour ce périphérique donné)
  • Ceux indiquant l’espace colorimétrique utilisé dans une image, pour en représenter les couleurs ! En général Adobe RVB ou sRVB (en photo numérique). On parle de profils ICC indépendants, ou plus communément d’espace colorimétrique, tout simplement !


A : espace Lab
B : espaces colorimétriques indépendants
C : espaces colorimétriques dépendants
(document source Adobe)

La calibration d’un écran (ce qui nous intéresse ici) se fait à plusieurs niveaux :
– le choix des réglages sur l’écran (contraste / luminosité / gamma / température de couleur… Choix généralement guidés par le logiciel de calibration livré avec votre sonde) ; je conseille un gamma de 2.2 (le plus proche de la réalité) et une température de couleurs de 6500°K (correspondant à la lumière du jour, et à mon humble avis, la plus usitée en photographie)
– la modification de la LUT de la carte graphique (table de conversions) via le profil ICC créé par le couple logiciel / sonde (permettant de rectifier les écarts de colorimétrie, comme expliqué ci-dessus).

Le profil contient donc les informations relatives aux point blanc/point noir, au gamma et à la température de l’écran, et tous les détails relatifs à la correction des déviances colorimétriques de l’écran.